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Epaves

Cette rubrique, comme son nom l'indique, est destinée aux épaves (les constructions ayant navigué, pas certains de nos petits camarades) visitées mais également aux séjours à l'étranger.

 

 


 

MALTE
Au cours de mes vacances à Malte , j'ai eu l'occasion d'effectuer quatre plongées avec deux "clubs" différents.
Je ne saurais trop recommander à celui d'entre vous qui déciderait de choisir cette destination pour ses vacances de consacrer une demi-journée pour effectuer une reconnaissance. En effet, s'il existe de très nombreux clubs, le matériel est souvent loin d'être en parfait état. Ceci reflète en général l'ensemble de la gestion et des plongées.
Dans le premier club, revendiquant son appartenance à la CMAS, de l'encadrement émanait une forte odeur de distillerie clandestine et les plongées étaient à l'avenant. Pas de contrôle de qualification ni de certificat médical, matériel dans un état pitoyable (heureusement j'avais emporté le mien)… On a presque oublié de me faire payer lors de mon départ.  Par contre, dans le second, un PADI, je savais la veille à quelles heures je plongeais, avec qui et pour quel type de plongée.
 Ce matin là, la plongée se déroulait sur l'épave du OUM EL FAROUK, un pétrolier libyen coulé en 1996 par 40 mètres de fond à environ 200 mètres de la mise à l'eau.
Malgré une très bonne visibilité, il est quand même surprenant de voir surgir du fond de la mer un tel bâtiment. S'il ne s'agit pas d'un super tanker, il mesure malgré tout environ 150 à 200 mètres de long ,environ 25 de haut et est posé à plat sur le fond
Le périple autour et dans le bateau était plaisant et sans danger. En effet, ce navire a été sabordé à cet endroit pour les plongeurs et donc aménagé en conséquence. De larges ouvertures ont été pratiquées dans les cales et les obstacles sont rares.
Très peu de concrétions sont visibles, et pour cause, mais la faune et la flore commencent à y élire domicile. 
L'après-midi se déroulait à la sortie du port de Valletta et était consacrée au H.M.S. MAORI, un croiseur anglais coulé lors d'un bombardement le 12 février 1942 à 02h00. Coulé dans le port même, il a été déplacé de cet endroit en raison des risques pour la navigation, il se situe maintenant à la sortie du port par 17 mètres de fond. Son état s'explique probablement en partie par l'âge de l'épave mais surtout par le fait que la bombe a touché la réserve de munitions.
Une faune et une flore luxuriante sont visibles malgré le grand nombre de plongeurs qui visitent en permanence cette épave. La faible profondeur a permis d'effectuer une longue plongée.
 De nombreuses épaves sont à visiter à Malte et il existe un livre reprenant de nombreuses plongées détaillées à Malte, Gozo et Comino.


 

 

Passion : Découverte d'une épave gallo-romaine à Cadaquès

1) Présentation:

Dominique Gillebert né le 26 janvier de l'An de Grâce 1963 de père et de mère connus

- 2 adorables petites filles prénommées Luna (5 ans) et Eva (3 ans) (hommage à Isabel Alliende, écrivain, parente de Salvador Alliende, et que tout le monde connaît ou   devrait connaître)

- Plongeur CMAS depuis 1987.Brevet 3* n°20459 en 1999

- Brevet nitrox 2ème niveau (Advenced Nitrox Diver) n°00073 en 1998

- Breveté en techniques d'archéologie sous-marine CRAF en 1993

- Découvreur de l'épave gallo-romaine"CULIP 8"au large de Cadaquès - Espagne en 1992

- 1er Lieutenant de réserve Force Aérienne (Det-Med 22è Wing)

- Chevalier de l'Ordre de la Couronne pour services rendus à la Nation

- Membre Fondateur et Administrateur de l ASBL "VITIS FLORES", vignoble à Floreffe - Sovimont

- Administrateur coopté (à l'unanimité) au sein du CA de notre club, mandaté comme responsable de la  carrière de Floreffe, partie"relations publiques"

- Membre du comité Patrimoine et Tourisme de Floreffe

- Licencié en Sciences Dentaires (Dentiste LSD)

- Chargé de la deuxième heure, 2*,ou 3*,c'est selon... 

2) Qualités:

Je suis rêveur et opiniâtre (buté quoi) 

3) Défauts

Impatient et donc excessif parfois

4) Ce que j'aime le +

Mes filles,la gentillesse,les soirées sans fin au club-house,la musique"world",la sangria,les tapas,le carachilio(prononcez"caraghilio"),le calme aussi parfois,et puis aussi la plongée archéo.

5) Ce que j'aime le -

L'inaction et donc la médiocrité qui souvent en découle

6) De quoi ai-je peur?

Comme disait Jacques Brel "Mourir, la belle affaire, mais vieillir (et donc souffrir)...!)

7) Depuis quand plonge-je?

Depuis l'âge de 14 ans

8) Mes débuts à l'EPN 

Ils ont correspondu à la fin d'une période sabbatique de 6 années, durant laquelle il m'avait été interdit de plonger et ce, à la suite d'un accident sportif. En plus de cette véritable renaissance, j’ai encore clairement en tête la solidarité et la camaraderie que j'y ai trouvées. Je ne citerai pas de noms, seulement des prénoms (pas vrai René, Pascal, Laurent?).

9) Ma plus belle plongée ?  

Bien sûr, celle où il m'a été donné de découvrir cette fameuse épave gallo-romaine vielle de 2000 ans!

Octobre 1992.Ce devait être une plongée de m...La mer était franchement formée. Force 6 ou 7 au moins. Pour nous mettre à l'abri du Llevant (on prononce lieuvantt),il nous avait fallu choisir une crique toute sombre,orientée plein Nord, et connue pour sa propension à accumuler les détritus à cause du ressac les jours (nombreux)de Tramontane(vent du nord).Mise à l'eau acrobatique également,puisque sans Zodiac à l'époque, le seul moyen de plonger dans ce paradis subaquatique(la zone est devenue depuis 1994 une réserve naturelle de premier niveau et de ce fait hyper-réglementée pour la plongée,qu'elle soit sportive ou professionnelle)était de descendre près de 500m(1/2km)totalement équipé et palmes en main un relief aussi majestueux que tortueux et tourmenté. Ceux qui connaissent le Cap Creus savent de quoi je parle. 

A la mise à l'eau, il s'est mis à tomber de cordes. Tout devenait irréel. Le ciel d'encre, la mer, mi-verte, mi-grise, sous l'eau tout était trouble, mélange d'eau de mer, d’eau douce et d'alluvions provenant du ruissellement de la pluie sur la roche. Plusieurs fois je me souviens m'être posé la question: continuons-nous? Michael n'était pas encore homologué (élémentaire à l'époque)

Les paramètres étaient pourtant bons. Vers 10 m la visi est devenue bien meilleure, la température valait bien celle de la surface, sans le vent, aucun courant de fond, et Michaël, serein sans être béat, bien conscient de l'enjeu.

12 M, au pied d'un tombant, comme il y en a des milliers, la lèvre de ce qui me semble être un pot apparaît. Comme vous l'auriez tous fait, je tente de le sortir du sable qui le recouvre. Michaël très vite, vient m'aider, et après quelques minutes, dans une bouillasse indescriptible, je crois palper un col, des anses, une épaule, (qui a dit le cul?). Quelques longues minutes encore...enfin, je vois ce que je tiens en main...C'est bien une amphore!Sommes nous toujours en plein délire, comme au début de cette incroyable plongée? Réserve. Je regarde vite mes tables; 1h15 à 14 m ! On remonte. Retour sur le dos, stab gonflée à fond. On escalade la roche quatre à quatre, on remballe tout le matos en vrac, sans un mot, on refait les 15 Km de virages de - Cadaquès à Rosas. Appartement. La discussion commence. Tout de  suite, vient l'idée qu'il y en ait d'autres

Qui en douterait? Et puis comme ça, une pour moi, une pour toi, pas de jaloux.

Retour l'après midi, une siesta et un gonflage plus tard, à1250 Km de Namur ...et 20 cm à coté de la première. Nous nous remettons à l'ouvrage.2è amphore,puis une troisième, etc ...la suite,tout le monde la connaît;cours d'archéo subaquatique, déposition auprès d'un notaire,déclaration auprès des autorités scientifiques,participation aux fouilles,RTL-TVI etc...

Plus de 10 ans que ça dure et toujours autant d'émotion qu'au premier jour. 

10) Anecdote 

J'aurais aimé qu'on me prévienne lors de mes premières plongées a Floreffe il y a quelques années, que deux mannequins gisaient dans la vase. C'était l'époque où le dépeceur de Mons faisait la une des JT et je vous jure que ça fait un effet boeuf lorsque l'on tombe nez à nez, si je puis dire, avec une main qui sort de la vase, et quelques cm plus loin, sur la tête exorbitée. Séquence émotion, cardiaques s'abstenir.

11) Où rêve-je d'aller plonger?

Sur épave (médiévale s'entend) à Cuba.

12) Administrateur, c’est quoi?

De manière essentielle, représenter en temps réel les désideratas de l'ensemble des plongeurs, de manière honnête et impartiale, tout en gardant à l'esprit et comme leitmotiv, au delà des intérêts individuels, la pérennité du club

Accessoirement, assurer les tâches courantes et obligatoires d'un club comme le nôtre, chaque administrateur n'agissant au mieux

de ses capacités que s'il est mandaté a un poste correspondant à ses compétences et sa sensibilité.

13) Ma fonction

Consiste en la gestion des rapports,anciennement conflictuels,entre l'EPN,les pêcheurs et surtout le Pouvoir Communal de Floreffe(éventuellement d'autres partenaires/pouvoirs concernés par cette carrière),au sein duquel j'ai justement un rôle de consultant.

Le but ultime étant de vous faire profiter au mieux et en toute intelligence de ce site, que ce soit

- pour vos baptêmes

- pour vos plongées de-15 m  maxi d'homologation

- pour désaler gentiment votre matériel au retour d'un stage commando à Marseille

- pour tester votre nouvel ordi, sec ou autre matériel neuf ou occase dans des conditions de sécu optimales

- parce que vous avez promis à Papy et Mamy de ne jamais faire de profondes

- vous devez faire une remise à l'eau après 6 mois de convalescence ou une vilaine fracture (voir règlement)

- parce que vous ne plongez qu'à l'O2 pur (recycleur fermé maximum -6m)

- parce que vous en avez marre de plonger en troupeau (à 14h précises pour l'EPN) à Vodelée

- parce que vous adorez l'ambiance pain-vin-boursin et même parfois barbecue de l'après plongée de Floreffe

- Ou au contraire,parce que vous n'avez pas une journée entière de votre W-E à perdre à aller plonger à Liège ou au Grand Duché.(Namur - Floreffe 15 minutes maxi) Remarque:Il y a que7 ronds-points

- ou tout simplement, comme moi, parce que vous adorez cette carrière...

14) Message à faire passer

Sans vouloir me faire paraître comme investi d'une quelconque mission divine,je voudrais au moins dire que la plongée, de par les dangers qu'elle nous impose,est un sport où l'entraide doit jouer à fond et où les individualismes n'ont pas leur place. C'est d'ailleurs probablement un des grands particularismes de notre sport, et c'est très certainement ce qui tisse des liens indéfectibles au sein de notre club, au-delà des clivages sociaux,j'entends par là les différences de catégories socioprofessionnelles, les différences d'âge, de nationalités, de sexe. Il suffit de passer"un lundi soir sur la terre"à l'EPN quand tout Namur dort, pour s'en apercevoir. Apprenez à cultiver cette ouverture... elle devient rare (issime) et pourtant rapidement réciproque....Cette solidarité doit être effective en tout lieux et à tout moment, quelque soit votre niveau. Vérifier si la bouteille du compagnon est bien ouverte au moment où il va réaliser son saut arrière, voir si le compagnon de palanquée avec lequel on a fait une superbe plongée n'a pas besoin d'un coup de main pour se déséquiper et retirer sa combi, ramener la bouteille piscine qu'on a emmenée à la première heure, sont des gestes d'un élémentaire respect de l'autre mais aussi de soi-même. Bonnes plongées à tous et à toutes

 

Carnet d’un pilleur d’épave repenti

Comme dans la chanson de Bruel, « Même jour, même heure etc… », nous voici, dix années plus tard, sur le site de cette découverte qui, aujourd’hui encore, me paraît aussi extraordinaire qu’invraisemblable. J’ai le vertige à voir tous ces gens autour de moi sur le bateau, à commencer par  Xavier Nieto, le directeur du Centre d’Etudes et de Recherches Archéologiques Sous-Marines de Catalogne ,détenteur d’une chaire à l’université de Barcelone-département histoire et archéologie-, Toni Palomo, non moins diplômé, et fidèle lieutenant du premier, …question d’expérience( on ne parle pas d’âge ici) Et puis, il y a tous ces étudiants en histoire antique et archéologie, qui sont venus nous rejoindre à bord hier soir. Ils sont quinze !!! Il y a Jordi aussi, mécanicien hors pair, organisé comme pas un, malin comme un singe, et surtout pour qui une parole est une parole et une heure est une heure, ce qui ,vous le reconnaîtrez est d’une inestimable valeur au pays de la siesta, de la sangria,de la paella, et bien sur de l’incontournable « mañana » ! Il y a enfin Gabi, l’intendant, homme à tout faire, qui gère avec rigueur mais sans éclat de voix tout ce qui concerne l’approvisionnement ,la consommation d’eau potable à bord, qui définit le tour de chacun pour ce qui est du nettoyage des coursives, des toilettes et douches, et bien sûr celui de la vaisselle. C’est un homme doux et ,assez paradoxalement pour la fonction qu’il occupe au sein du groupe, relativement timide. Il s’avèrera par ailleurs être un plongeur hors pair( le seul–n’est-ce pas Benoît ?-à avoir toléré le facial AGA )

Et puis, il y a Pascal, plongeur professionnel, chef d’école des années durant, moniteur2 (air et nitrox) qui plonge depuis près de vingt ans dans toutes les eaux troubles et moins troubles du Namurois et du Dinantais. La Meuse est son amie j’en suis sur ! Il y a Benoît aussi, plongeur chevronné et vidéaste sous-marin passionné, travaillant entre-autres pour VOX, l’organe de presse de l’armée belge qui s’attache à rendre un peu plus bavarde notre Grande Muette (malgré les trois langues dont elle est affublée).

Qu’est ce que je f ..ici Bon Dieu ? Quelle est ma place dans tout ce groupe ? Figurant ou comédien ? Et si tout cela était sorti tout droit de mon imagination de gosse ? N’ai-je pas extrapolé la présence d’une épave entière là où il n’y avait finalement qu’un col d’amphore ? Toutes ces années à lire, à compulser ouvrages et monographies, à partir le soir tard sur Bruxelles après les consultations pour suivre les exposés de Marc Jazinski jusqu’au bout de la nuit, ou encore à le rejoindre avec d’autres à Han-s/Lesse pour mettre en pratique tout ce qu’il nous avait appris ? Dix ans que ça dure … pour rien ? peut-être . Non, ce n’est pas possible, tous ces gens ,plus sérieux les uns que les autres ne se seraient pas engagés à la légère. Au fond, n’ont-ils pas plus à perdre que moi, à commencer par leur réputation ? Et puis ,Xavier ne m’a t-il pas confirmé après une première excavation dite « de sonde » (excavation en croix au milieu du gisement) ,effectuée en décembre, l’exactitude de mes dires ?

 Ca y est, l’angoisse qui me serrait la gorge commence à s’estomper, ma respiration devient plus ample et plus régulière. Après une dernière vérification de mes instruments, dans un geste automatique , maintenant des doigts mon masque en place et de la paume le détendeur en bouche, j’effectue mon saut du mieux que je puis, soucieux de ne pas ridiculiser le plongeur Belge aux yeux de nos hôtes Catalans

Dans une myriade de bulles je viens de crever la surface. L’instant est magique. J’arrive d’un monde plat, bruyant, puant le gasoil à plein nez, où tout (me) pèse et où tous mes sens sont perpétuellement agressés. Me voilà a présent dans un monde en 3D. Tous les bruits sont atténués,(même celui du compresseur embarqué) Tel Peter Pan survolant Londres illuminé de millions de fenêtres, je plane au dessus d’un tapis de fleurs, traversant des barreaux de lumière, pourchassant un banc de sars évoluant dans un ballet aquatique somptueux, toujours étonnement synchronisé. Béjart est il plongeur ? Et de me dire que ce spectacle sans cesse renouvelé, personne, jamais de mes yeux ne pourra me l’enlever.

Pascal et Benoît viennent de me rejoindre. D’un geste commun, nous entamons notre descente. Je me dis que la sensation doit être très proche de celle ressentie par les sky-divers, effectuant leurs figures, sauf qu’ici tout se passe au ralenti. Très vite cependant (douze mètres à l’ordi) le chantier nous apparaît. Il est là, immense et figé, rythmé d’une multitude de carrés de fouilles, tous numérotés. L’épave gît dans un silence de cathédrale, baignée d’une lumière douce. On dirait qu’elle nous attend, comme au premier jour de son naufrage…il y a deux mille ans.

DOGI

Photos: