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Biologie

La Coquette
Ne pensez ni aux naïades, ni aux sirènes, mais simplement à ces magnifiques poissons qu'on nomme coquettes, petites vieilles ou labres variés. Il s'agit d'un poisson de la famille des labridés. Mis à part la forme, le mâle et la femelle ne se ressemblent absolument pas. Le mâle a la tête et le corps parsemés de lignes bleues sur un fond jaune-orange à brun-verdâtre. La femelle est de teinte uniforme d'un rouge plus ou moins vif avec le long du dos 3 à 4 taches noires alternant avec des taches blanches. Comme tous les labres, la coquette possède une longue nageoire dorsale, épineuse dans sa moitié antérieure et molle pour le reste, un museau pointu avec des lèvres charnues. L'adulte mesure en moyenne 30 à 35 cm.
La coquette vit le long des côtes rocheuses parmi les algues entre 10 et 50 m (le plus jeunes plus près de la surface que les adultes). Ce poisson affectionne les tombants ombragés et les fonds coralligènes. Il se nourrit principalement de mollusques et de crustacés.
A la période du frai, en été, le mâle édifie un nid constitué, dans une petite dépression, de gravillons et d'algues. La femelle y pond des ½ufs qui sont fécondés puis gardés par le mâle. La maturité sexuelle est atteinte vers l'âge de deux ans. Ce poisson peut vivre une vingtaine d'années. C'est peut-être la raison pour laquelle on l'appelle aussi « petite vieille ».
Les coquettes se rencontrent le long de toutes les côtes de l'Europe occidentale (Atlantique et plus spécialement Méditerranée).

Une photo d'un représentant mâle

La famille des labridés comporte de nombreux genres et espèces (labre, crénilabre, cténolabre,?). Parmi ces espèces certaines sont bien connues des plongeurs : la vieille (à ne pas confondre avec la petite vieille ou coquette), la girelle-paon (si belle), la girelle (qui vient manger des oursins dans la main), le labre nettoyeur(qui s'infiltre dans la gueule et les ouïes des poissons pour les débarrasser de parasites et champignons.)

Ci-dessous, une photo d'un specimen femelle

Autre caractéristique inhabituelle pour des poissons, les labres, au repos, se couche sur le flanc. Comme pour le mérou (famille des serranidés), la coquette (et la plupart des labridés) est femelle à la naissance et devient mâle avec l'âge. Le non scientifique de la coquette ? Facile : Labrus bimaculatus.

Bénévolement vôtre. Jo.


Le lompe - Le caviar du pauvre
Il est tellement particulier que vu une fois, on le reconnaît à chaque coup. Je veux parler du LOMPE (Cyclopterus lumpus). Ce poisson a un corps haut et large, couvert d'excroissances osseuses disposées en rangées longitudinales sur tout le corps. Il possède 2 nageoires dorsales dont la première est devenue uns sorte de crête charnue chez l'adulte. La nageoire ventrale s'est transformée en ventouse. Le lompe est gris bleu à gris noir. A l'époque de la fraie le mâle devient rouge brique. Les jeunes sont jaunes verdâtres. La femelle peut atteindre 60 cm et le mâle 40 cm pour un poids de 1 à 5 kg. Le lompe se nourrit principalement de petits crustacés, de vers et d'alevins. Il vit entre 20 et 200 m, mais au début du printemps il remonte près la surface pour des pontes fractionnées sur fond pierreux (80.000 à 200.000 oeufs).La femelle retourne ensuite vers des eaux plus profondes, tandis que le mâle, resté sur place, protège les oeufs pendant toute la durée de l'incubation, soit environ 2 mois. C'est le moment où on peut le voir. Poisson distant, il se laisse facilement approcher pendant cette période et même parfois caresser (ce qu'il ne faut pas faire). N'oubliez pas un coup de phare pour admirer sa belle couleur rouge du moment. Soumis aux mouvements de l'eau, il s'accroche aux cailloux grâce à sa ventouse. Il est parfois tellement près de la surface qu'il se retrouve émergé lors de grande marée. Il est alors victime des oiseaux de mer.

Le lompe est surtout pêché pour ses oeufs qui, une fois teintés en noir, sont vendus comme succédané de caviar. Le lompe se retrouve surtout dans la partie septentrionale de l'Atlantique (Norvège, Baltique, ...) mais peut descendre jusque sur les côtes du Portugal. On le voit pratiquement chaque printemps dans la Manche, sur les côtes anglaises et en Zélande où, sans être rare, il peut être catalogué d'occasionnel. Mais il est tellement spécial qu'une petite description me semblait bien utile.
Jo.


Les gardiens des Medes
Sous peu l'EPN entame son séjour annuel à Estartit. Avec une joie fébrile les anciens retrouveront les fonds célèbres des Iles Medes. Ceux qui vont les découvrir pour la première fois se raviront à la vue de cette faune et de cette flore qui ne lassent jamais. Naturellement ce sont les grosses pièces qui frappent de prime abord. Et la grosse pièce aux Medes c'est le mérou. Il a un air d'agent de quartier. Il semble surveiller en permanence les habitants du coin et surtout les intrus, comme nous par exemple. Le mérou est un des plus gros poissons de Méditerranée. Il peut atteindre 150 cm mais en moyenne il fait 80 à 100 cm. A part sa taille on le reconnaît à sa gueule bien fendue cerclée de grosses lèvres. Il ne possède qu'une nageoire dorsale dont la partie antérieure est formée de rayons épineux. Toutes ses nageoires ont un liseré blanchâtre. Le corps est brun à vert s'éclaircissant vers le ventre. Il est parsemé de taches claires irrégulières. Ne vous fiez pas trop à sa coloration car celle-ci varie avec l'âge, le sexe, la période de reproduction, le lieu de séjour et peut-être même l'humeur de cet agent de quartier. C'est qu'il se promène et vit toujours dans le même coin sur un fond rocheux riche en blocs, trous, abris où il affectionne se faufiler. Même si vous en voyez plusieurs à la fois, il donne l'impression de vivre en solitaire. Curieux, il se laissera difficilement approcher et c'est plutôt lui qui vous tournera autour. Restez immobile et vous aurez peut-être la chance de l'observer d'assez près. Sa nourriture se compose essentiellement de poissons mais il ne dédaigne pas les crustacés et les mollusques, surtout les céphalopodes..

Tous les mérous naissent femelle et le restent jusqu'à l'âge de 10 ou 12 ans et une taille de +/- 80 cm. Ensuite ils deviennent mâles et peuvent vivre de 35 à 50 ans. Le mérou s'est fortement raréfié sur les côtes nord de la Méditerranée à cause des captures effrénées des chasseurs sous-marins qui, visant les plus gros spécimens, tuaient donc les mâles. Le mérou appartient à la famille des serranidés (c'est le plus grand d'entre eux) dans laquelle on trouve le beau serran-écriture, le serran-chevrette, le serran-nain, etc... Ceux-ci ressemblent déjà plus à la perche d'eau douce, c'est pourquoi on les appelle parfois les perches de mer Les mérous se retrouvent dans les mers chaudes et tempérées chaudes. Rien que pour la Méditerranée et l'Atlantique (jusqu'en Bretagne) on compte 8 genres et 20 espèces. Il y a aussi des espèces endémiques en Mer Rouge et dans l'Indo-Pacifique. Dans toutes ces mers vous reconnaîtrez le mérou à la gueule fendue aux grosses lèvres et une seule nageoire dorsale. La coloration peut aller du gris argenté au brun presque noir en passant par le rouge pointillé de blanc (comme le mérou de Mer Rouge) ou des lignes horizontales (comme la badèche). De toutes façons aux Medes vous verrez les mérous à l'air bonasse mais avec un oeil qui surveille les passants.
Jo.


Le tacaud
S'il est un poisson assez bien connu des plongeurs de Zélande (même ceux qui en ont très peu l'expérience) c'est le tacaud (Trisopterus luscus) Ses principales caractéristiques morphologiques sont faciles à observer : il possède 3 nageoires dorsales, 2 nageoires anales 'la 1ère assez longue, 1 tache noire sur la base de chaque nageoire pectorale, dos à reflets cuivrés s'éclaircissant vers le ventre et généralement de larges barres brunes et verticales sur le corps. Il est doté aussi d'un barbillon sous le menton. Le tacaud évolue en petits groupes mais avec un peu de chance vous pourrez voir des bancs assez importants. Il se déplace en pleine eau mais assez près du fond. Il affectionne les fonds meubles parsemés de blocs rocheux ou les épaves. On ne rate jamais de voir des tacauds sur ou dans les épaves de la Mer du Nord. Les adultes vivent plus profond que les jeunes. (à partir de 25 à 30 m.) Le tacaud adulte peut atteindre 30 à 40 cm. La fraie se déroule à faible profondeur en mars-avril. (l'eau est encore bien fraîche en Zélande à cette époque.) Les oeufs sont pélagiques. La pêche du tacaud est surtout destinée à produire de la farine de poisson.

Le tacaud fait partie de la famille des gadidés à 3 nageoires dorsales. (il y a aussi des gadidés à 1 ou 2 nageoires dorsales) Parmi les gadidés à 3 nageoires dorsales, nous avons plusieurs poissons assez bien connus :
la morue (ou cabillaud) : le corps est moucheté, atteint facilement 1 m
le capelan : pas de taches noires sur les pectorales les 2 nageoires anales non-jointives(difficile à voir sous l'eau)
le merlan : petit barbillon pratiquement invisible
l'églefin (ou aiglefin) : museau proéminent, corps clair, 80 à 100 cm.
le lieu : pas de barbillon, mâchoire inférieure proéminente
lieu noir : ligne latérale droite et claire
lieu jaune : ligne latérale incurvée et sombre.

N'essayez pas de retenir par coeur les caractéristiques décrites ci-dessus. Sachez observer le poisson que vous rencontrez et au retour de plongée, consultez un livre (ou l'article que vous lisez pour l'instant) et comparez les caractéristiques décrites avec celles remarquées sous l'eau. A la 2ème rencontre vous connaîtrez le nom du poisson vu ou même entrevu.
Petite remarque. Tous ces gadidés sont des poissons d'eaux tempérées ou froides mais le tacaud et le capelan peuvent être observés aussi en Méditerranée.
Jo.


Wakamé
Wakamé (Undaria pinnatifida) non, ce n'est pas une nouvelle espèce de requin tueur, mais tout simplement une laminaire (sous-classe des algues brunes) comme on en voit tant en Bretagne. La wakamé est originaire des côtes du Japon, de la Corée et de la Chine. Elle est cultivée dans de nombreuses régions pour l'alimentation sous forme séchée ou non. Cette algue fut amenée initialement en Europe par les huîtres (Crassostrea gigas) importées du Japon. Elle fut découverte en France pour la première fois en 1971 dans les étangs de Thau, un lagon salé sur la côte méditerranéenne. Cette algue, introduite volontairement en Bretagne par les aquaculteurs à la suite des travaux d'IFREMER, se répand actuellement sur les côtes de la Manche, de l'Angleterre et de la mer du Nord où on peut l'observer à basse mer de vive eau. La wakamé est une algue annuelle, qui entre en compétition avec d'autres laminaires dont elle a le même mode de vie. Elle est très appréciée des invertébrés herbivores : gibbules (ou troques) et bigorneaux (ou littorines) en zone des marées, ormeaux (ou oreilles de mer) et oursins plus profondément. Bien qu'elle n'entraîne pas les mêmes nuisances que la sargasse japonaise (Sargassum muticum), cette espèce, demeurée assez discrète jusqu'ici, semble entrer dans une nouvelle phase d'extension. Signalée pour la première fois en Zélande en 2000 lors d'un stage bio, elle est maintenant observée en grande quantité sur les différents sites de plongée. Cette algue produit des millions de spores et colonise de nouveaux substrats. Elle forme des forêts denses et entre en compétition pour la lumière et l'espace, ce qui peut amener l'exclusion ou le déplacement de certaines algues et animaux. Membres de l'EPN, si vous plongez en Zélande, pourriez-vous me signaler la présence de wakamé (site de plongée et profondeur). D'avance merci.
Jo.


La seiche, caméléon des mers
Ne parlons pas de sa couleur, elle change de robe à la vitesse de l'éclair suivant les milieux qu'elle survole. ( plus exactement qu'elle surnage) Je veux naturellement vous parler de la seiche. Tout plongeur, même débutant, après quelques plongées en mer, a du en rencontrer. En effet on peut la trouver aussi bien en Zélande qu'en Mer du Nord, en Méditerranée ou en Mer Rouge, bref pratiquement partout dans le monde. Il y a de nombreuses espèces différentes mais nous parlerons plus spécialement de la seiche commune (Sepia officinalis). Son corps est ovoïde et légèrement aplati, bordé sur toute sa longueur d'une nageoire ondulante. Elle a de grands yeux à la pupille sinueuse. Elle se déplace par réaction grâce à un siphon (comme le poulpe). La seiche possède 8 bras et 2 longs tentacules rétractiles à ventouses. Ses 2 tentacules ne sont bien visibles qu'au moment où elle capture une proie. Sa longueur est de 30 à 40 cm (le double avec les tentacules sortis). Vous trouverez la seiche sur ou à proximité du fond, où elle chasse crustacés et petits poissons. Elle attrape ses proies avec les ventouses des ses tentacules, les maintient avec ses 8 bras et les croque avec sa bouche en bec de perroquet. Avec sa salive empoisonnée, elle tue rapidement ses proies. La seiche devient sexuellement mature à l'âge de 2 ou 3 ans. C'est à la période de la reproduction qu'elle met sa plus belle robe : une coloration zébrée violette et blanche sur le dos. Au moment de la copulation le mâle introduit ses spermatozoïdes grâce à un de ses bras (appelé bras hectocotyle) dans une poche (appelée bourse copulatrice) de la femelle où ils seront stockés. La fécondation proprement dite n'aura lieu qu'au moment de la ponte. Celle-ci consiste en une grappe d'oeufs (jusqu'à 500 !) attachée à un support (algues, cordage, bout de bois,?). Les oeufs, d'environ 1 cm, ont une enveloppe cornée terminée en pointe et sont de couleur noire car à la ponte les oeufs passent par la poche à encre. En cas de ponte abondante les derniers oeufs sont de plus en plus blancs par manque d'encre. Les grappes d'oeufs sont appelées : "raisins de mer". L'incubation dure de 38 jours à 20°C à 3 mois à 15°C. Peu après la ponte les adultes mourront. Traquée par un prédateur, elle projette, en fuyant, un nuage d'encre, non seulement pour se camoufler derrière un écran opaque mais aussi pour annihiler le sens olfactif de ses ennemis : requins, raies, congres, phoques, ? Autrefois l'encre de seiche était utilisée pour l'écriture (encre de chine) et pour la teinture. La seiche possède une coquille interne, appelée "os de seiche" que l'on trouve sur les plages et qui peut servir de réserve de calcium pour les oiseaux de volière. Pour ne pas confondre seiche, sépiole et calmar, regardez les nageoires. La seiche a une nageoire ondulante tout autour du corps. La sépiole (qui fait maximum 5 cm) possède 2 nageoires arrondies à l'arrière du corps. Le calmar, ou encornet, a une silhouette plus effilée et 2 nageoires en triangle à l'arrière du corps.

Pour ceux qui aiment la systématique : La seiche fait partie de Embranchement des mollusques Classe des céphalopodes Ordre des décapodes Famille des sépiidés.
Jo.


La rousse et le rotengle
Il y a rousse, rousse et rousse. Voici deux poissons très communs mais qui se ressemblent tellement que plongeurs et pêcheurs les confondent le plus souvent : le gardon et le rotengle appelés ordinairement rousses. Mais lequel ? L'un, l'autre ou les deux ? Pour compliquer l'affaire, ils s'hybrident facilement. On y voit encore moins clair ! Naturellement au labo la distinction est aisée mais comme nous observons en plongeur, essayons de les distinguer avec nos moyens propres .

GARDON (Rutilus rutilus) La nageoire dorsale à l'aplomb des 2 nageoires ventrales. L'oeil à iris rouge dans la partie supérieure. Les nageoires ventrales et anale orange-rouge, les autres nageoires rosées.

ROTENGLE (Scardinius erythrophtalmus) La nageoire dorsale en arrière de l'aplomb des 2 nageoires ventrales L'oeil à iris jaune Les nageoires pectorales et dorsale rouge-jaune, les autres nageoires rouge-sang

La première de ces caractéristiques est la plus facile à distinguer. Pour ce qui est du rouge vous savez que sous l'eau?. sauf si le poisson veut bien rester dans le faisceau de votre lampe ! Quant aux hybrides, ils ont un peu des deux, mais l'oeil est toujours jaune comme le rotengle. Je ne sais pas pourquoi les systématiciens ont baptisé le rotengle avec le nom d'espèce « erythrophtalmus » (en grec = oeil rouge) alors qu'il a l'oeil jaune. De même « rutilus » (en latin = rouge) pour le gardon alors que c'est le rotengle qui a les nageoires les plus rouges ! Les pêcheurs les appellent tous deux : rousses. Dans certaines régions on parle de gardon blanc pour le gardon et de gardon rouge pour le rotengle. Le gardon a une taille moyenne comprise entre 10 et 25 cm, le rotengle entre 10 et 35 cm. Ils peuvent vivre une dizaine d'années. Ils se reproduisent entre avril et juin. Les femelles déposent jusqu'à 100.000 oeufs sur les végétaux ou sur les pierres si les végétaux sont trop rares. L'incubation demande 10 à 20 jours selon la température de l'eau. Au moment de la fraie les mâles portent des tubercules sur le corps et la tête, rappelant des grains de semoule et dénommés boutons de noce. Bien qu'omnivores tous les deux, le gardon a une tendance herbivore plus marquée à l'état adulte. Ces deux poissons forment une part importante de l'alimentation des carnassiers. (brochets, perches, ? et même canards, hérons,?) Confidentiellement, ? les petites rousses?. c'est pas mal. Et pour ceux qui veulent en mettre plein la vue : Genre et espèce Gardon (Rutilus rutilus) Rotengle (Scardinius erythrophtalmus) Famille: cyprinidés (comme la carpe, la perche, ?.) Ordre : ostéichtyens (poissons osseux) Attention : Dans le petit Larousse illustré, au mot « Gardon », il y a un dessin de rotengle !!! à « rotengle », définition : gardon aux yeux rouges !!!
Jo.


La carpe
Si le brochet est le roi de nos lacs et étangs, la carpe en est la reine. Il est impressionnant de rencontrer un banc de carpes, toujours majestueuses. Elles font la joie de tous les plongeurs à La Croisette. A Floreffe également, un banc de six carpes se retrouve à la mise à l'eau (quand il y a très peu de plongeurs) ou dans les petits fonds du bout de la carrière. La carpe commune (aussi appelée carpe sauvage ou carpe écailleuse) se rencontre de moins en moins. Au fil des siècles, l'homme s'est ingénié à produire des carpes d'élevage. La carpe nous vient d'Asie; elle a été introduite en Europe occidentale par les romains. Au Moyen-Age, grâce à l'excellente qualité de sa chair, on la retrouve dans toutes les pièces d'eau des abbayes et de la noblesse. Le corps de la carpe sauvage est relativement allongé, recouvert d'écailles assez grandes et disposées régulièrement sauf sur la tête. Sa coloration est variable en fonction du milieu. Elle porte 4 barbillons à la lèvre supérieure et a une bouche protractile. (qui s'étend vers l'avant) Les carpes d'élevage ont un corps trapu et avec l'âge un dos de plus en plus bombé. LA tête semble petite par rapport au reste du corps et elles ne possèdent généralement que 2 barbillons. Parmi les carpes d'élevage on distingue : - La carpe miroir : flancs dépourvus d'écailles ou en nombre réduit mais énormes. - La carpe cuir : flancs totalement dépourvus d'écailles mais plus colorés. La carpe sauvage peut atteindre 80 cm (Max 1 m) pour un poids de 10 à 15 kg Les carpes d'élevage varient entre 40 et 60 cm en fonction de la nourriture et de la température de l'eau. Celles-ci ont une longévité de +/- 10 ans, tandis que la sauvage atteint facilement 20 ans. Poisson typique des eaux calmes et chaudes (15 à 25°C), la carpe est peu exigeante à l'égard de l'oxygène dissous. Elle est surtout active la nuit. Réputée herbivore, elle est pourtant omnivore : phyto- et zooplancton, larves d'insectes, mollusques, vers, petits poissons, graines et végétaux sont ses menus. L'hiver, elle descend plus bas qu'habituellement et ne s'alimente pas. La maturité sexuelle est atteinte vers 2 à 3 ans. Aimant les eaux bien réchauffées, elle fraie assez tardivement (mai en juillet) dans des petits fonds riches en végétaux. Les oeufs éclosent entre 3 et 8 jours en fonction de la température. En pisciculture, la reproduction peut s'effectuer de façon entièrement contrôlée. Et pour terminer, une petite recommandation. Beaucoup de poissons sont au moins partiellement herbivores et profitent des végétaux pour déposer leurs pontes. Aussi, plongeurs à Floreffe, si vous voyez les trop rares plantations dans notre carrière, regardez mais n'y touchez pas et attention aux malencontreux coups de palmes. Merci pour les poissons.

Pour ceux qui veulent en savoir plus :
Genre et espèce : Cyprinus carpio
Famille : Cyprinidés (qui comprend plus de 1500 espèces)
Jo.


Le brochet
Le roi des poissons de nos lacs, étangs, carrières et bras morts des rivières, c'est bien lui le brochet commun (Esox lucius); Ce poisson, connu de tous, est une espèce sédentaire, fortement territoriale, toujours prête à défendre son aire de chasse. Poisson très caractéristique de nos eaux douces : corps allongé avec un museau aplati en forme de bec de canard, une nageoire dorsale implantée fortement vers l'arrière, au- dessus de la nageoire anale. La gueule souvent entrouverte, laisse voir une belle série de dents acérées. Son dos gris-vert est plus ou moins sombre, les flancs verdâtres avec des taches jaunes en forme de stries, le ventre est blanchâtre taché de gris. Il peut atteindre 1 mètre de long et peser jusqu'à 10 kg (le record est 1,50 m et 35 kg) C'est un chasseur à l'affût, caché dans la végétation aquatique (ce qui nous manque encore à Floreffe), il est utilisé dans les étangs à carpes pour chasser les poissons indésirables qui ont la même alimentation que ces dernières. Grâce à ses nageoires situées très à l'arrière, il est capable d'accélérations fulgurantes. Mais il ne peut pas nager vite bien longtemps, c'est pourquoi il doit chasser à l'affût. Le brochet est parmi les poissons d'eaux douces un des premiers à frayer. (fécondité : de 40.000 à 300.000 oeufs) Les petits prennent ainsi une nette avance sur les autres poissons dont ils consomment les jeunes tout au long du printemps. Dans la nature très peu arrivent à l'état adulte, aussi certains pisciculteurs ont développé un système de reproduction assistée. A ce sujet, je signale que Luc Boigelot a réalisé un petit film vidéo très instructif sur cette méthode de pisciculture. Ce petit chef-d'oeuvre a été primé à plusieurs reprises dans différents festivals tant en Belgique que à l'étranger. Si vous voulez voir du brochet, il faut plonger à Opprebais. En y allant doucement vous parviendrez à caresser le menton d'un roi des eaux douces;

Pour ceux qui veulent en savoir plus :
Genre et espèce : Esox lucius (en latin cela signifie : Brochet brochet !!)
Famille : esocidés (un genre unique avec cinq espèces)
Ordre : ostéichtyens (poissons osseux)
Jo.


La perche
S'il est un poisson plus qu'ordinaire dans nos carrières, c'est bien la perche commune (Perca fluviatilis). Pourtant combien de fois n'ai-je pu constater l'ignorance de bien de plongeurs devant un poisson des plus répandus en eau douce. Faisons-en donc une courte description : Un corps trapu, deux nageoires dorsales dont la première épineuse porte une tache noire à l'arrière. Dos gris vert à gris foncé, flancs jaunâtres à blancs avec 5 à 9 raies verticales foncées. Nageoires anale et pelvienne rougeâtres. La taille maximum est de 45 cm, mais en général la perche adulte oscille entre 10 et 35 cm. Ce poisson est omnivore ; il mange même son propre frai et ses alevins. C'est pourquoi ceux-ci, pour se prémunir contre la voracité des adultes, vivent en bancs dans des zones où il n'y a que quelques centimètres d'eau. (Pour cela vous n'avez qu à observer l'endroit de mise à l'eau à Floreffe, si vous arrivez le premier ou que vous sortez le dernier.) La période de ponte se situe vers avril-mai suivant la température. La femelle pond ses oeufs inclus dans des bandes de mucus pouvant atteindre 1 mètre de long et plusieurs cm de large sur des plantes aquatiques dans l'eau peu profonde. En mai de cette année, 2 fagots de jeunes branches ont été déposés à Floreffe dans 1,50 m d'eau. Huit jours plus tard, ils étaient recouverts de frai. On a même trouvé du frai sur le guidon d'un vélo d'enfant près de la mise à l'eau. Les plantes aquatiques sont bien trop rares dans notre carrière. Appel est fait à tous ceux qui en disposent.
(Pour ceux qui veulent en mettre plein la vue)
Genre, espèce : Perche commune (Perca fluviatilis)
Famille : cyprinidés (comme la carpe, la tanche, le gardon,?)
Ordre : ostéichtyens (poissons osseux)
Jo.


L'écrevisse
Après la méduse d'eau douce et le sterlet, continuons notre promenade dans nos carrières et partons à la recherche de la célèbre écrevisse que tout le monde connaît et reconnaît aisément. Et pourtant? Nul n'ignore que l'écrevisse est un crustacé (ce mot vient du vieux français "crouste" = croûte. En effet son tégument ("sa peau") est à base de chitine qui lui forme une carapace ou croûte calcaire. L'écrevisse est formée d'un ensemble tête-thorax appelé céphalothorax, d'un abdomen composé de six segments articulés, semblables à des écailles, terminé par une palette natatoire : le telson et enfin de dix pattes (c'est donc un décapode) dont la première paire s'achève par de puissantes pinces.(Attention, elle n'aime pas les mains baladeuses!) L'écrevisse se déplace lentement sur le fond grâce à ses huit longues pattes thoraciques. Elle ne nage pas. L'espèce de nage en arrière n'est en fait qu'un bond réservé à la fuite et exécuté par un battement violent du telson. L'écrevisse est sensible au goût, au toucher, à l'ouïe et également à la vue. Elle a deux yeux à facettes, c'est-à-dire qu'elle peut voir dans toutes les directions. Elle n'a pas de paupières, c'est peut-être la raison pour laquelle elle est allergique à la lumière. Vous la trouverez de préférence dans des zones à végétation dense ou sous les pierres. Comme elle aime la pénombre, on dira qu'elle est sciaphile (c'est-à-dire qui aime l'ombre. En fait c'est surtout en plongée de nuit que vous avez le plus de chance de l'observer hors de son abri pour se nourrir de tout ce qu'elle trouve: cadavres, végétaux, vers, mollusques, larves, etc? Elle joue un rôle d'éboueur des eaux douces.

Ecrevisse à pattes rouges (Astacus astacus) L'accouplement a lieu en automne. Le mâle renverse la femelle sur le dos, monte dessus et colle près des orifices de ponte, le sperme enfermé dans des capsules de protection. Ce n'est qu'au moment de la ponte, 4 à 10 jours plus tard, que les ovules seront fécondés. Les oeufs sont maintenus sous le ventre de la femelle. En hiver l'écrevisse hiberne. L'éclosion débutera dès que la température de l'eau atteindra, suivant les espèces, entre 12 et 14°C. Les jeunes sortent de l'oeuf et s'accrochent au ventre de leur mère jusqu'à la 2e mue avant de devenir autonome. Dans notre pays nous pouvons rencontrer 4 à 5 espèces d'écrevisse. Tout d'abord l'écrevisse indigène appelée écrevisse à pattes rouges (Astacus astacus) (mais vous n'ignorez pas que le rouge est difficile à voir sous l'eau en lumière naturelle) Elle a une taille moyenne adulte de 10 à 12 cm et pèse alors 40 à 60 gr. Elle abondait dans nos eaux pures, oxygénées et pas ou faiblement polluées jusqu'en 1878, année d'une épidémie de peste provoquée par un champignon. Elle est devenue rare à l'heure actuelle, non seulement à cause de la répétition périodique de cette épidémie mais aussi à cause de l'usage excessif des pesticides en agriculture ainsi que des pollutions industrielles ou de l'endiguement des berges provoquant la disparition de ses abris. Vous pouvez encore l'admirer dans quelques carrières (La Gombe, Opprebais, Scoufleny) ou dans certains affluents de la Semois. Pour en déguster il y a heureusement des hommes de métier, les astaciculteurs, qui en font l'élevage. Vers 1890 fut introduite en Allemagne, en provenance de la côte Est des E.U., une autre espèce d'écrevisse, l'écrevisse américaine (Orconectes limosus). Elle vit sur des fonds vaseux, aux eaux calmes, de qualité médiocre et même polluées. Sa taille moyenne adulte est de 6 à 9 cm et elle pèse de 10 à 25 gr.

Ecrevisse américaine (Orconectes limosus)
Elle est résistante à la peste. Grâce à ses différentes caractéristiques, elle pullule actuellement dans la Meuse et tend à envahir ses affluents. De taille inférieure à la taille légale de capture (en Belgique, 10 cm de l'oeil au telson), elle a en outre un goût médiocre. Pour la reconnaître facilement en plongée, il suffit de regarder la face dorsale de l'abdomen. Des taches transversales brunes sur chaque segment vous indiquent qu'il s'agit de l'écrevisse américaine. Il y a encore, mais plus localisées et rares, l'écrevisse à pattes grêles, l'écrevisse signal et même, paraît-il, l'écrevisse à pattes blanches. Mais arrêtons-nous là, surtout qu'il y a encore les hybridations possibles entre ces différentes espèces pour compliquer l'identification. Mais en plongée, essayez d'admirer l'écrevisse sans y toucher. C'est toujours un grand plaisir. N'oubliez pas que c'est l'homme son plus grand ennemi bien que l'anguille, le brochet, la perche, la truite, la carpe se la mettent volontiers sous la dent; de même que le héron, le canard ou le martin-pêcheur. (mais eux, c'est dans le bec) Introduire de nouvelles espèces dans nos eaux? Soyons prudents. Généralement quand l'homme s'ingénie à améliorer la nature, il se met le doigt dans l'oeil jusqu'au nombril! Regardons, admirons et signalons aux autres plongeurs les lieux de rencontres possibles; mais surtout n'y touchons pas. Pour ceux qui ont une âme de biologiste : l'écrevisse fait partie de l'embranchement des arthropodes (animaux pourvus de membres articulés, tels les araignées, insectes, crustacés): Classe des crustacés Ordre des décapodes Famille des astacidae
Jo.


Le sterlet
Quel est le plongeur qui n'a manqué de laisser tomber son détendeur de ravissement lors de sa première rencontre avec le sterlet, seul poisson squaliforme de nos carrières. Il fait partie de la classe des poissons osseux. et du genre des esturgeons qui comprend 26 espèces différentes de mer ou d'eaux douces. Le sterlet est le plus petit de tous les esturgeons. Le museau étroit et pointu est légèrement incurvé vers le haut, le dos est gris-vert sombre et le ventre jaunâtre; cinq rangées de plaques osseuses courent le long du corps. La bouche, sous le museau, comporte vers l'avant 4 barbillons tactiles. Le lobe supérieur de la nageoire caudale est le plus grand.

Son poids peut atteindre 19 kg exceptionnellement, mais dans le confinement de nos carrières, il dépasse rarement 2 à 3 kg. Sa taille maximum de 120 cm se situe généralement vers les 50 à 60 cm à l'âge de 10 ans La base de sa nourriture consiste en larves d'éphémères (mouches de mai ), en vers de vase (chironomes) et en petits mollusques qu'il "broute" avec sa bouche tournée vers le bas. En hiver il ne se nourrit presque pas.. Le sterlet est un poisson d'eau douce, à l'inverse du grand esturgeon qui vit en mer et ne remonte les cours d'eau que pour frayer. (Il est donc anadrome comme le saumon. Le sterlet fraie en général au mois de mai sur un fond pierreux. Ses oeufs (11.000 à 140.000) donnent un caviar à grains fins En y allant calmement, le sterlet se laisse approcher à quelques centimètres seulement. C'est le moment d'admirer le travail de sa bouche protractile. Quittez-le en douceur également; vous n'aurez pas perdu votre plongée. Pour ceux que cela intéresse, les scientifiques l'ont baptisé Acipenser ruthenus. Mais pour nous, le sterlet sera toujours un moment d'émerveillement.
Jo.


Méduses de nos carrières
La plupart des plongeurs ont déjà pu admirer des nuées de petites méduses dans nos carrières belges. Ces mignonnes petites bestioles se retrouvent dans le monde entier (du moins dans les zones tempérées), mais principalement dans les lacs, carrières, etc? Elles ont parfois été observées dans des cours d'eau, mais alors à courants très faibles. Ces petites méduses d'eau douce ont pour nom scientifique : Craspedacusta sowerbii (je le jure ce n'est pas de ma faute). La taille à l'état adulte est de 20 à 25 mm. De nombreux points d'interrogation subsistent encore quant au mode de développement de cette méduse, ainsi qu'aux conditions nécessaires à son apparition dans nos eaux. Cette méduse appartient à l'embranchement des cnidaires (dans lequel on trouve également les anémones, les gorgones, le corail de feu, les madrépores, les hydres,?). Les cnidaires sont tous urticants, certains même dangereux pour l'homme (et pour la femme aussi). Ce n'est heureusement pas le cas de notre méduse d'eau douce. Et pour ceux qui veulent en savoir plus : Craspedacusta sowerbii appartient à l'embranchement des cnidaires, comprenant 9000 espèces différentes ; à la classe des hydrozoaires (3000 espèces) et à l'ordre des hydraires. Son cycle vital présente une alternance entre la forme polype (forme fixée) et la forme méduse (forme libre). Sous la forme fixée, la reproduction est asexuée par bourgeonnement ou division du polype. Sous la forme libre, la reproduction est sexuée. Il y a donc des méduses mâles et des méduses femelles. L'apparition de Craspedacusta sowerbii sous forme méduse est sporadique, mais a lieu habituellement à la fin de l'été. Cette apparition pourrait être due à certains paramètres chimiques ou physiques encore à rechercher par les biologistes. C. sowerbii n'apparaît que dans des eaux à très faible teneur en sels chlorés. Ni la hausse de température, ni l'augmentation de la quantité de plancton ne seraient à la base de la prolifération de cette méduse.. Comme dit plus haut, de nombreux points d'interrogation subsistent. Si, jusqu'à présent, l'apparition de Craspedacusta sowerbii est sporadique, elle est aussi imprévisible. Elle prolifère parfois dans des eaux où elle n'a jamais été observée. Parfois elle n'est plus aperçue pendant plusieurs années. En hiver les polypes se contractent et ressemblent a des organismes en hibernation (resting bodies) appelés podocystes, capables de survie à très basse température. En ce qui concerne la prolifération, certains scientifiques supposent que ces podocystes pourraient être transportés par des animaux aquatiques ou par les pattes des oiseaux. Lorsque les conditions sont favorables, les podocystes se redéveloppent en polypes. Le cycle de la vie continue. Les polypes coloniaux microscopiques (1 mm) prospèrent sur un substrat dur (pierre, branchage, plante) au printemps et en été. La reproduction par bourgeonnement libère des larves appelées frustules. Une partie se pose sur le fond et se régénère en polypes. Une autre partie de ces frustules deviennent les méduses que l'on admire près de la surface et qui se reproduisent, elles, de manière sexuée. Leurs oeufs fécondés se développent en larves dénommées planula. Celles-ci se fixent à leur tour pour donner des polypes .Bizarrement les populations de méduse C. sowerbii sont presqu'exclusivement ou mâles ou femelles et donc la reproduction sexuée est rare.

Vue ventrale d'une méduse adulte. La structure blanchâtre au centre est la bouche. Les quatre structures entourant la bouche sont les gonades. Craspedacusta sowerbii n'appartient pas à la classe de ce que l'on nomme les « vraies méduses ». Celles-ci forment la classe des scyphozoaires. Comme tous les cnidaires, C. sowerbii possède des cnidocytes, cellules urticantes, pour la capture des proies qui forment sa nourriture consistant en zooplancton microscopique

Vue dorsale d'une colonie composée de trois polypes. La taille est d'environ un millimètre. Et pour ceux qui veulent en savoir encore plus : De Vries, D.R. 1992- The freshwater jellyfish Craspedacusta sowerbii : a summary of its life, history, ecology and distribution. J. Freshwat. Ecol, 7:7-16

Dumont, H.J. 1994- The distribution and ecology of the fresh-and brackish-water medusae of the world. HYDROBIOLOGIA, 272: 1-21.
Jo.


 

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